Le racisme, le sexisme, et l'immigration canadienne par Pauline Hwang |
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Salvador est arrivée au Canada en 1995 comme des milliers d'autres travailleurs des Philippines dans le cadre de l'AFR. L'AFR est une intitiative de Citoyenneté et Immigration Canada, qui permet aux travailleurs étrangers (presque toujours des femmes) d'entrer au Canada comme aide familiaux vivant chez leur employeur. Après avoir complété vingt-quatre mois de travail durant les trois années suivant leur arrivée, les travailleurs domestiques peuvent alors faire une demande d'immigration. "S'ils remplissent ces exigences, ils auront plus de facilité à devenir résidents canadiens" explique Martin Thériault, responsable à citoyenneté et immigration Canada. Pour Salvador, le choix de venir au Canada était une question de vie ou de mort pour sa famille. "Il me fallait quitter si je voulais survivre," dit-elle, "mais je n'avais pas suffisamment d'argent pour venir en temps qu'immigrante". Même avec le programme d'AFR, les demandeurs doivent payer des frais à leur propre gouvernement, aux gouvernements Québécois et Canadiens, à l'agence d'emploi, ainsi que les frais de déplacement. Pour Salvador, ces frais ont totalisé plus de 4700 dollars Canadiens. "Nous devons presque vendre nos âmes pour pouvoir venir travailler ici comme aides familiaux." Le colonialisme et la mondialisation capitaliste ont créé aux Philippines une économie qui dépend des corporations multinationales, la pauvreté et le chômage sont extrêmes, les salaires misérables, et où plus de 2000 travailleurs quittent le pays chaque jour en quête de quelque sous pour survivre. "La semaine dernière un membre d'une organisation aux Philippines est venu nous expliquer des choses qui se produisent là-bas à cause d'une compagnie minière canadienne", raconte Salvador, soulignant la part de responsabilité du Canada dans la situation économique actuelle aux Philippines. "Même l'eau qu'ils boivent est contaminée." Louelle Alatiit, une étudiante de deuxième année en musique, est impliquée dans la communauté philipinne et également avec le comité média et recherche pour la campagne de Salvador. "À mon avis, le gouvernement canadien maintient l'AFR en place parce qu'il a besoin de main d'oeuvre à bon marché," dit-elle. Elle fait également un lien entre la situation des travailleurs domestiques philippins, la montée de la mondialisation capitaliste, et la situation aux philippines. "Les Philippines ont une politique d'exportation de la main d'oeuvre qui renvoie systématiquement les Philippins à l'extérieur du pays, pour qu'ils puissent gagner de l'argent à l'étranger. Pendant ce temps des millions de dollars sont retournés aux Philippines par ces travailleurs migrants. Melca est une des victime du commerce mondial des êtres humains." Droits du travail à la maison Salvador a été élue vice-présidente de Pinay, une organisation de soutien et de sensibilisation composée de femmes philippines. Pinay donne de l'information et des conseils aux travailleuses philippines pour les aider à confronter les nombreux problèmes qu'elles rencontrent avec leurs employeurs, les agences de travail et le gouvernement. Plusieurs de ses membres sont elles-même des aides familiales ou anciennes aides familiales qui demandent au gouvernement du Canada d'abolir le programme de l'AFR. Une grande partie de la communauté philippine au Canada demande également que le programme soit éliminé et fait campagne à travers le Canada pour sensibiliser le public à leur cause. Les opposants à l'AFR disent que les travailleuses engagées dans l'AFR font face à de nombreuses dificultés. Les domestiques doivent souvent faire des heures supplémentaires sans être payées, travaillant à des tâches telles que le nettoyage, la cuisine, et le tutorat. "Nous travaillons géneralement entre 60 et 70 heures par semaine, sans supplément pour le temps additionel, et nous ne disons rien, de peur de perdre notre emploi." raconte Salvador. "Nous ne pouvons nous plaindre des conditions de travail, lorsque nous dépendons de notre employeur et de l'agence pour nos papiers d'immigration! Ce qui fait que n'avons presque pas de droits. Je me souviens d'un jour où mon employeur m'a dit "la priorité est de remplir vos papiers, n'est-ce pas?". Le programme d'AFR est ce qui donne aux employeurs le pouvoir de vous traîter de cette facon." En théorie, les domestiques ont des droits élémentaires tels que l'accès à l'assurance-emploi, le congé de maternité, un salaire pour le temps supplémentaire, des vacances et des congés payés. Thériault suggère que ceux qui ont des problèmes avec leurs employeurs portent plainte à la commission des normes du travail du Québec. Et si les aides familiaux sont renvoyés, "ils ont toujours l'opportunité de trouver un autre emploi entretemps." Mais il y a un monde entre la théorie et la réalite des travailleurs de l'AFR. Pour Melca Salvador, un des problèmes avec ces procédures est que si une aide familiale est renvoyée, peut importe qu'elle porte plainte, la période d'attente de quatre a six mois pour un nouveau permis de travail est trop longue. "Ils disent que nous pouvons changer d'employeur s'il y a des problèmes, mais la durée d'attente est trop longue et nous devons compléter nos vingt-quatre mois de travail en trois ans". Dans le cas de Salvador, lorsque ses employeurs ont appris qu'elle était enceinte, ils l'ont mis a la porte. Elle n'a pas eu le droit de travailler tant qu'elle n'avait pas de nouveau permis, et n'a finalement pas reussi a remplir les exigences de travailler 24 mois sur 3 ans. Elle dit que certains employeurs la considérait comme "un bien endommagé". Une collègue de travail, elle aussi enceinte, s'est fait avorter sur la recommandation de son patron, a pu conserver son travail, et finalement est devenue immigrante. "La raison pour laquelle je n'ai pas rempli les exigences du programme est que j'étais enceinte, que j'ai donné naissance et que j'ai ete renvoyée. Si j'avais étée un homme, bien sûr je n'aurais pas eu de probleme à remplir les exigences. Est-il defendu de tomber enceinte lorsqu'on est une femme? C'est le seul crime que j'ai commis." Salvator ne s'est pas pliée au premier ordre de quitter le pays au plus tard le 25 août, parce qu'elle a fait une demande pour rester au Canada pour des raisons humanitaires. Cependant, lors d'une rencontre avec un officiel de l'immigration, on lui a dit qu'on n'attendrait pas la décision sur cette demande. Elle à jusqu'au 2 novembre pour quitter le pays ou sera deportée de force. Canada : Une mosaique culturelle? Selon l'avis d'expulsion de Salvador, "l'officier à l'immigration n'a pas considéré que le travail bénévole de Melca avec trois organisations communautaires locales démontre son intégration à l'intérieur de la société canadienne, puisque ces organisations existent pour venir en aide aux individus d'origine philippine. Bien qu'un employeur ait fait connaître son intention d'engager Salvador, l'officier est resté septique sur les possibilités pour Salvador de trouver un emploi. Pourtant, tout au long de ses emplois temporaires, Salvador n'est jamais devenue un fardeau pour le gouvernement canadien. "Je suis ici depuis 5 ans, gagnant seulement $221 par semaine, et j'ai toujours payé les frais requis pour mes papiers d'immigration." Plusieurs des aides familiales étaient considérées comme travailleuses qualifiées aux Philippines (par exemple certaines étaient infirmières ou comptables). Mais, au Canada, elles sont confinées à des emplois que les Canadiens ne veulent pas faire. "Nous sommes prêtes à travailler comme aides familiales," dit Salvador. "Nous désirons seulement le statut de résidente. Par example, lorsque le Canada a engagé des infirmières étrangères, elles ont obtenu le statut. En fait notre travail d'aide familiale permet aux parents de travailler et de contribuer à la société canadienne. De plus nous contribuons avec les taxes et les frais que l'on doit payer. Le gouvernement Canadien profite donc beaucoup de ce programme." Salvador remarque que le Canada sauve de l'argent en important de la main d'oeuvre à meilleur marché des pays en développement, au lieu de d'instaurer un programme national de garderie. Son avis d'expulsion mentionne aussi que l'officier à l'immigration croit que le traumatisme subit par le fils de Salvador (s'il est abandonné au Canada) ne serait pas si grand, puisqu'il n'a jamais connu son autre parent. William Sloan, l'avocat de Salvador, croit qu'elle devrait rester avec son fils au Canada, pour des raisons humanitaires. "Le fils de Melca, Richard, est un citoyen canadien, et il a accès à tous les droits accordés à un citoyen canadien, dont le droit de vivre au Canada, et le droit à la sécurité. Si la mère de Richard est déportée, un de ces deux droits fondamentaux sera violé: Soit le droit de vivre au Canada s'il est déporté avec sa mère, ou le droit à la sécurité s'il reste au Canada, puisqu'il serait séparé de sa mère, le seul parent qu'il ait connu. Thériault est étonné par les gens qui s'opposent au programme fédéral. "Ce sont des critique dont nous ne sommes pas au courant", dit-il. "Je ne comprends pas vraiment comment il est possible de ne pas remplir les critères du programme." Il ne peux cependant pas expliquer pourquoi on a refusé à Salvador une extension de son permis de travail. Thériault indique que Richard devrait avoir accès aux mêmes droits et services que tout autre citoyen canadien, incluant l'accès à des soins de santé. Et pourtant, Salvador n'a pas pu renouveller la carte d'assurance maladie de son fils après que son autorisation de travail eut expiré. "Ils disent que le Canada est le meilleur pays en ce qui a trait aux droits humains. Comme la brochure le dit, si vous êtes né au Canada, vous avez droit à l'assurance-maladie. Mais les fonctionnaires me disent que lorsque mes autorisations de travail expirent, l'assurance-maladie de mon fils expire aussi. Pourquoi? Parce qu'il est le fils d'un domestique-gardienne? Parce qu'il est le fils d'une femme de couleur?" La campagne pour Melca Plusieurs membre de la communauté et des étudiants participent à la campagne pour empêcher l'expulsion de Melca Salvador. Les actions entreprises jusqu'à présent incluent des campagnes d'écriture de lettres, des contacts aux médias, une levée de fonds pour les frais juridiques, des manifestations, et de la distribution d'information. Des pétitions et lettres d'appui ont été reçues de communautés de travailleurs migrants à travers le monde. Les communiqués de presse des opposants à l'AFR mentionnent que la déportation de femmes travaillant comme gardiennes-domestiques est "injuste et contre les principes humanitaires. Ces femmes ne sont pas des objets jetables que le Canada peut utiliser et renvoyer par la suite." Le demandes adressées aux gouvernement canadien incluent la droit pour Salvador de rester au Canada avec son fils Richard, la reconnaissance de l'apport des aides familiaux à la société canadienne, l'obtention du permis de résidence par Melca et tous les autres travailleurs de l'AFR, et l'abolition de l'AFR. Louelle Alatiit et d'autres membres de la campagne pour Salvador organisent une journée nationale en appui à Salvador, jeudi le 19 octobre. La manifestation à Montréal se tiendra à la place Guy Favreau entre 4pm et 6:30pm. Les organanisateurs souhaitent renverser la décision de déporter Melca, pour qu'elle puisse rester avec son fils. Malheureusement, le gouvernement fédéral ne semble pas prêt à écouter les revendications des opposants à l'AFR. Thériault indique qu'aucun changement à l'AFR n'est prévu, pas même une réévaluation des impacts du programme. Au mois d'aoûr dernier, plusieurs millitants philippins ont rencontré Elinor Kaplan, alors ministre de citoyenneté et immigration pour discuter de l'AFR. Mme Kaplan a répondu: "Je crois que le programme est valable, et je ne souhaite pas y faire de changement. Je ne vais pas réévaluer l'AFR". |